28 % des motards ne saluent jamais. Ce n’est pas une statistique en l’air, mais une réalité qui secoue parfois les certitudes des habitués du bitume. Chez les Harley, le salut devient même une affaire de territoire, de codes et d’histoires qui s’entremêlent, bien loin du geste anodin que l’on imagine vu de l’extérieur.
Le salut motard : une tradition pas si simple
Le salut motard, ce fameux signe de la main échangé au croisement d’un autre deux-roues, n’a rien d’un réflexe vide de sens. Il s’est construit à travers les années, porté par la communauté motarde et ses propres règles. Les utilisateurs de Harley connaissent par cœur ce signe de reconnaissance : la main gauche qui s’abaisse, paume vers la route, parfois remplacée par un appel de phare discret. Le message est sans détour : « bonne route, compagnon ».
Certains attribuent l’origine de ce salut à Barry Sheene, star du paddock, qui lançait un V de la main en clin d’œil à Churchill. D’autres remontent au temps des fondateurs Harley-Davidson, William Harley et Arthur Davidson, pour qui ce geste incarnait la solidarité motarde. Peu importe la version, le fond ne change pas : ce salut véhicule respect, fraternité et un sentiment d’appartenance à une même famille.
Mais sur la route, rien n’est aussi simple. Météo capricieuse, circulation dense, position des mains sur le guidon : autant de facteurs qui influencent le geste. Certains motards préfèrent un signe discret, d’autres attendent le bon moment pour saluer franchement. La tradition demeure, mais chaque trajet rappelle que le salut, aussi codifié soit-il, laisse place à l’interprétation et à l’adaptation.
Pourquoi certains Harley ne lèvent pas la main ?
Du côté des motards Harley, on ne salue pas toujours. Inutile d’y voir de l’arrogance ou du snobisme. Les raisons sont multiples, souvent concrètes, parfois enracinées dans la culture Harley-Davidson elle-même.
D’abord, la conduite sur une Harley n’a rien de banal. Les commandes avancées, le large guidon, parfois perché bien haut : tout pousse à garder les deux mains fermement accrochées. Saluer à la volée, surtout en virage ou à faible allure, peut devenir périlleux. La position imposée par la machine rend parfois le geste compliqué, voire impossible.
Le code motard varie aussi selon les régions, les habitudes, la densité du trafic. Sur certains itinéraires, les motards en Harley croisent davantage de motos de marques différentes, moins portées sur le salut. Petit à petit, l’habitude s’installe : on salue moins, ou on réserve le geste à certains moments.
Enfin, l’univers Harley reste un monde à part. Rassemblements entre initiés, clubs soudés, codes internes : certains pilotes préfèrent ne saluer que ceux qui partagent leur blason. Fidélité à l’esprit « brotherhood », clin d’œil à l’histoire de la marque, ou simple envie de préserver une forme d’entre-soi, chacun y trouve ses raisons. Le salut devient alors un signe presque confidentiel, réservé aux membres du clan.
Entre codes, ressentis et petits malentendus
Sur le bitume, chaque motard trace sa route et défend son identité : selle, guidon, choix du blouson. Quand une Harley approche, le signe motard peut devenir source de doutes, surtout chez les scootéristes ou les conducteurs de petites cylindrées. Chacun hésite : est-ce que je salue ? Vais-je être ignoré ? Voilà où naît l’ambiguïté.
La communauté motarde n’a jamais été une entité monolithique. Plutôt une mosaïque de groupes, chacun avec ses propres rituels et frontières invisibles. En ville, la coexistence entre motard en scooter 125 cm3, amateur d’enduro ou conducteur de quad vire parfois au casse-tête. Un courant estime que seuls les détenteurs du permis A ont droit à ce fameux geste, hérité des légendes du passé. D’autres voient l’appartenance ailleurs : dans le partage du risque, la vigilance sur la route, ou l’élan de solidarité à la moindre galère.
Un motard expérimenté croisera rarement le regard d’un scootériste, mais sous le casque, l’envie de reconnaissance circule. Certains inventent leur propre façon de saluer : un mouvement de tête, un doigt levé, ou un clin d’œil à peine perceptible.
La route, reflet de nos particularités, alimente petits malentendus et débats sans fin. Entre le « puriste » de la grosse cylindrée, celui qui sort la bécane uniquement le dimanche, le jeune sur 50cc ou le quadiste, la diversité nourrit les discussions. Et c’est là tout l’intérêt : entre règles tacites et moments spontanés, chacun façonne son style, influencé par son histoire, sa région, et les rencontres du quotidien.
Ouvrir le dialogue : et si on se comprenait mieux sur la route ?
La communauté motarde s’avère bien plus nuancée qu’on ne le croit. D’un rassemblement Harley à une concentration BMW, les règles du jeu varient. Pourtant, un point commun subsiste : le respect du vécu, des kilomètres accumulés et de la passion partagée. Aujourd’hui, les forums et réseaux sociaux sont devenus des espaces où s’échangent récits de route, questionnements et explications sur les petits accrochages du quotidien. Ces discussions permettent parfois d’aplanir les incompréhensions.
Quelques exemples illustrent ces différences de comportements :
- Un motard en balade aborde la route tout autrement qu’un livreur à moto ou qu’un motard gendarme.
- Rouler en groupe change la donne : le motard en groupe n’a pas les mêmes réflexes qu’un solitaire.
La solidarité motarde dépasse largement le salut. Un coup de main sur le bord de la route, une entraide pendant un rassemblement, ou même une conversation animée sur un forum : l’esprit de partage prend de multiples formes. De la France à l’Europe entière, cette fraternité se manifeste lors des balades, compétitions ou grands voyages.
Finalement, la route impose ses propres règles. Peu importe la marque, le style ou le niveau d’expérience : ce qui compte, c’est la capacité à reconnaître l’autre et à faire vivre cet esprit motard. Parfois, cela passe par un salut. D’autres fois, par un simple regard ou une main tendue. Et si, demain, le vrai signe d’appartenance, c’était simplement de rouler ensemble, chacun à sa façon, sans se soucier du geste attendu ?


